Le cas facebook

Publier le 10 janvier 2021 19:30

Prologue

Eh bien bonjour Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs.

Avant de commencer à lire ce qui suit, assurez-vous d’être confortablement installé dans votre siège. Prenez une petite tasse chaude ou une pinte fraîche comme vous le faites habituellement. En bref : mettez-vous à l’aise !

Ce billet, avec son titre aguicheur et son contenu très voluptueux, ne plaira pas forcément à tout le monde. Il risque d’être un brin moralisateur à la fin et vous risquez d’avoir un avis différent sur les choix faits.

L’objectif de ce billet sera de vous parler de mon utilisation que j’ai eue sur ce réseau social, vous parlez ensuite d’un déclencheur qui m’a fait réagir (et qui a impacté ma vie), pour finir sur mon utilisation actuelle que j’ai de ce réseau social.

Prenez une gorgée, on va commencer en douceur.

Bois une gorgée. Les rideaux se lèvent.

Facebook : ma bulle virtuelle

Je devais avoir 11 ou 12 ans quand tout a commencé. Je venais de rentrer au Collège, je découvrais mes nouveaux camarades et je recevais mon tout premier téléphone portable pour l'occasion.

Ce téléphone avait les fonctions de bases d’un téléphone. Voici les utilisations courantes :

  • ajouter mes amis dans mes contacts.

  • enregistrer leur adresse / e-mail / anniversaire.

  • planifier mon calendrier pour les événements entre copains.

  • écouter la radio / jouer aux jeux disponibles sur le téléphone.

  • prendre des photos / vidéos.

En somme, l’utilisation la plus primaire d’un téléphone !

Primaire, à tel point que certaines contraintes pointaient le bout de leur nez.

La première : les SMS. Le système des groupes n'existait pas. Il fallait copier/coller des messages et les adresser aux différents destinataires, gérer plusieurs conversations en même temps pour un même événement, synchroniser tout le monde pour savoir qui vient ou pas, bref assez fastidieux à la longue.

La seconde : le calendrier. Il n'y avait pas de synchronisation entre les événements indiqués par SMS et le calendrier. Par exemple, certains de mes camarades de classe ne s’étaient pas présentés aux rendez-vous que nous nous étions fixés simplement parce qu’ils avaient oublié de noter l'événement dans leur calendrier.

La troisième : le multimédia (photo / vidéo). Pour partager le multimédia, nous étions rapidement limités et même contraints de ne pas le faire. C'était l'époque où les SMS n'étaient pas illimités. Si nous voulions envoyer un message avec une image, il était transformé en MMS (SMS qui supporte le multimédia), ce qui coûtait plus cher dans notre forfait. Il y avait bien le Bluetooth pour contourner cette contrainte, mais souvent le couplage entre les appareils ne se faisait pas.

Vous pouvez le voir venir : Facebook est venu à la rescousse.

  • Système de groupe pour partager du contenu.

  • Système de messagerie de groupe pour discuter en direct.

  • Système d’événement pour organiser / nous notifier.

  • Système de partage de contenu multimédia sans les contraintes.

  • Retrouver facilement nos amis via leur pseudo/amis en commun.

  • Système de commentaire/bouton j’aime pour ajouter une proximité avec ses connaissances.

Que du bonheur !

Les années passèrent, Messenger fut créée (avant la messagerie était intégrée à Facebook), Instagram fut rachetée puis WhatsApp un peu plus tard.

De mon côté, je montais mon réseau de confiance. Entre 2008 et 2018, j’avais acquis un total de 150 amis Facebook. Je m’y sentais vraiment bien. Je retrouvais un historique de mes années de Collèges, Lycée et de mes études Post-Bac. Non vraiment, j'adorai ce réseau social. A tel point que je ne soupçonnais pas l’emprise qu’il avait sur moi.

Bois une gorgée. Respire un coup.

Des souvenirs oubliés

Je dois admettre que j'écris ces lignes avec une petite larme à l'œil, mais je ne regrette pas ce que j'ai accompli. Certains choix sont plus difficiles que d'autres, mais il est parfois nécessaire d'agir.

Affaire Facebook-Cambridge Analytica. La société Cambridge Analytica a récupéré certaines données personnelles des utilisateurs de Facebook. Ces informations ont été utilisées pour influencer les intentions de vote lors des primaires présidentielles de 2016, favorisant ainsi la campagne électorale de Donald Trump.

Ce scandale a grandement impacté Facebook et une première alerte m’est apparue en pleine face : mes données ne m’appartiennent plus, elles ne m’ont jamais appartenu. De 2008 à 2018, j’ai publié, commenté, partagé et aimé du contenu personnel sur une plate-forme qui ne se souciait pas assez de la sécurité de mes données.

Réalisant cela, je m’exécute. Historique de 10 ans à maintenant.

Mention j’aime : regarde le contenu aimer et enlève le like si le contenu n’appartient pas à l’un de mes 150 amis. Je répète la même procédure pour les commentaires.

Contenu partagé/commenté/publié : supprime le contenu s’il est daté de 1 an ou plus depuis maintenant (avant 2017).

Chaque donnée, contenu, mention j’aime est analysé au cas par cas pour savoir s’il y a un intérêt de le garder.

Nous sommes en mars 2018 et les données indésirables se sont évaporées de mon historique avec une petite partie de moi. C’était cependant supportable : les interactions avec mes amis n'ont pas été affectées.

Viens alors une seconde alerte en avril 2018 : un ami ne peut plus accéder à Facebook sauf s'il présente sa pièce d'identité. Je reformule : "nous détenons vos données, si vous nous fournissez une preuve de votre identité, nous vous les restituons".

Grosse incompréhension. Gros culot de la part de Facebook. Une colère émerge en nous. Mon ami refuse catégoriquement.

Alors, je vais essayer de défendre Facebook. On s’est quand même poser la question "Pourquoi ça arrive ?".

Pour ma part, je pense (et je le pense encore) que Facebook cherchait tout simplement des faux comptes. Mon ami utilisant un pseudo, Facebook l’aurait détecté comme un "Humain non-conforme" sous-entendu sans prénom ni nom de famille. Pour vérifier qu'un Humain était bien derrière ce compte, Facebook demande une preuve papier avec des données personnelles.

Toutefois, cela n'excuse en rien la colère et la haine que nous ressentions à l'époque pour ce réseau. Imaginons que les critères changent et que toutes les personnes françaises passent au faciès Facebook : combien d’utilisateurs Facebook resteront au final ? Comment réagiriez-vous ? Donneriez-vous une donnée personnelle a une entité comme Facebook ? Fournir une donnée personnelle supplémentaire alors que cette plateforme venait de se prendre une faille de sécurité ?

Puis une pensée m'a traversé l'esprit. De nombreux pincements aux cœurs se sont déclenchées et une question s’échappe : "Et si je quittais Facebook ?". J'ai déjà effacé mon historique, mais cette fois, cela affectera mes amis, les interactions que j'ai eues avec eux, les messages privés, les groupes, les événements, tout ce que j'ai construit en 10 ans sur mon mur Facebook.

Je ne vais pas vous le cacher, cela a été extrêmement difficile de quitter Facebook. Lorsque vous attachez quelque chose de fort à ce réseau, vous devenez rapidement dépendant de lui. Pour ma part, c’était quitter 150 amis, des amis d’enfance, de Collège, de Lycée, d’IUT qui étaient vraiment difficiles à encaisser. Dans le lot, j'avais des alternatives : leur numéro, leur mail, leur snap et j’en passe. Mais il était encore difficile de quitter les groupes Facebook et les conversations sur Messenger.

J’ai alors rédigé un brouillon pour expliquer la situation. Que j’allais quitter Facebook. Que si une personne souhaitait me contacter ailleurs, qu’il vienne en messagerie privée pour en discuter. Je mets les formes. Je mets le contenu. Je me dis qu'un réseau social a aussi pour objectif d'informer ses amis. Je publie. J’attends un mois. Je supprime progressivement l'historique de mes contenus, ceux qui touchent également à mes amis. Je reçois des messages et reprend contact avec certains sur d’autres services. Le mois est écoulé. Je verse une larme : c’est l’heure.

Avril 2018, mon ami est parti sous la contrainte, fin novembre 2018 je me suis libéré de cette emprise, j'ai pris une aiguille et j'ai éclaté la bulle virtuelle.

Bois une gorgée.

Se retrouver

1er novembre 2019, je réinstalle Facebook pour rejoindre un groupe d’amis qui fait de la LSF (Langue des Signes Français) avec moi à ce moment-là.

Mais alors, qu'est-ce qui a changé ?

  1. Je ne me sens plus manipulé. 150 amis n’étaient qu’un nombre, un faciès de ma personnalité que Facebook voulait me montrer, la vérité, c’est que j’en ai une trentaine et un petit lot sur lequel je peux vraiment compter. Attention, je n’ai pas oublié les autres, ils font partie de moi, de ma vie, mais ils font leur chemin et moi de même.

  2. je me suis retrouvé. Ne plus dépendre de ce réseau m'a permis de me trouver du temps libre pour mes études, mes projets personnels, ma vie personnelle. Un temps non-négligeable, je puis vous l'assurer.

  3. s’isoler pour rebondir. Perdre le contact n’est pas évident, surtout si cette personne vous est chère. Cependant, vous devez rester vous-même, rester motivé, garder vos convictions et vos envies pour revenir vers cette personne qui vous trouvera changé.

Pourquoi revenir sur Facebook ?

Je voulais voir comment ce démon se portait. Et je suis assez amusé de voir qu'il n'a pas changé et qu'il tousse.

  • une interface lourde.

  • des conditions d’utilisation réparties un peu partout.

  • des affaires qui émergent chaque mois.

La dernière en date ? WhatsApp. Laissez-moi vous rappeler que Facebook a une messagerie appelée Messenger. L'avantage de WhatsApp est qu'elle est isolée de Facebook en termes de collecte de données contrairement à Messenger.

Cependant, WhatsApp est en train de revoir ses conditions d'utilisation et confirme mon inquiétude : Communication entre Facebook et WhatsApp concernant les informations personnelles (IP, numéro de téléphone, contenu). Certes, il y a le RGPD qui nous fait gagner un peu de temps, mais ce n'est qu'une question de temps justement avant que Facebook ne trouve une solution de contournement : je ne m'inquiète pas pour ça.

Depuis que j'ai quitté Facebook, j'ai coupé WhatsApp pour aller sur Signal. : une autre messagerie chiffrée. Pourquoi Signal ? Disons simplement que le cofondateur de WhatsApp travaille sur le projet et s'est éloigné de Facebook.

Toutefois, il faut également que je parle d'autres alternatives. Je ne les ai pas exploités, mais elles ont le mérite d'exister :

  • Telegram - une belle concurrente à Signal (je m’y suis mis récemment également).

  • Wire - Snowden en a dis du bien.

  • Olvid - une messagerie chiffrée à la française toute nouvelle – 2018.

Pour chacune de ces applications (y compris Signal), votre contact doit également disposer de cette messagerie. : sinon le chiffrement de bout en bout ne sera pas possible.

Avant de terminer cet article, j'aimerais vous donner quelques conseils. Avec Internet, nous avons une incroyable liberté de choisir une application, un outil et un service qui nous convient, qui suit nos valeurs. Parfois il faut faire un choix qui consiste à trouver une alternative plus sereine, un peu comme changer de CDI. Ce n'est pas évident, mais le principe reste le même : il faut en parler autour de soi.

Un autre conseil serait de lire les engagements que vous signez virtuellement : les CGU. Sans nécessairement les lire entièrement, vous pouvez vous renseigner sur les changements apportés en lisant les articles de blog du service en question. Surtout si plusieurs services peuvent correspondre à vos besoins, cela peut être un critère non négligeable.

Là encore, il ne s'agit que de conseils, vous êtes libre de les suivre ou non. Sachez juste à quoi vous vous engagez et trouver les applications qui vous conviennent.

Sur ce, je termine mon café et vous souhaite une bonne continuation. Rappelez-vous qu'on a toujours le choix.

Bois une gorgée.

Les rideaux se ferment.